On divise
commodément l'histoire du Cambodge en trois grandes
périodes:
1) une
période dite préangkorienne
(des alentours
de l'ère chrétienne jusqu'à la fin du
Vllle siècle);
2) une période angkorienne,
pendant
laquelle, du IXe au XVe
siècle,
s'opère de règne en règne une
centralisation plus poussée du pouvoir
souverain, la capitale étant toujours située,
à une exception près,
dans la région d'Angkor;
3) une période postangkorienne,
qui
commence à
l'abandon d'Angkor
(environ 1431) devant la menace thaïe, et qui se prolonge
jusqu'à nos
jours .
En 1862, le Vietnam, le
Cambodge et le
Laos passèrent sous l’emprise de la France pour
devenir
l’Indochine
française. En 1941, la France fit de Norodom Sihanouk le roi
du
Cambodge. En 1953, Norodom Sihanouk obtint de la France
l’indépendance
de son pays. Pour plus d'informations sur cette période : le
Cambodge
colonial
.
En 1970, le
Cambodge se trouva mêlé à la
guerre du Vietnam. L’armée cambodgienne,
appuyée
par les États-Unis,
prit le pouvoir. La résistance donna naissance aux Khmers
rouges,
dirigés par Pol Pot. Les Khmers rouges prirent Phnom Penh en
1975 et
mirent en place un régime de terreur: des populations
entières furent
envoyées aux travaux forcés dans les campagnes;
les
opposants furent
exécutés. Près de deux millions de
Cambodgiens
périrent. En 1978, le
Vietnam envahit le Cambodge. Les troupes vietnamiennes
occupèrent le
pays jusqu’en 1989. Un accord de paix fut signé en
1991. pour plus d'informations sur cette période : les
khmers rouges
Les élections de
juillet 1998 (80 % de participation) ont porté au pouvoir
Hun
Sen. Voir la page institutions
politiques
.
Période
préangkorienne
A partir du
ler ou du lle siècle de l'ère
chrétienne, et
jusqu'au milieu du Vlle, les Chinois - relations d'ambassades dans les
Annales dynastiques, ou récits de pèlerins
bouddhistes - attestent
l'existence d'un royaume qu'ils appellent Funan, transcription d'un nom
local que l'on ignore encore. Quoi qu'il en soit, ce royaume
paraît
avoir exercé son autorité sur le sud du Cambodge
actuel et le delta du
Mékong, sans doute aussi sur une partie du bassin
inférieur du Ménam
(dans l'actuelle Thaïlande) et une partie de la
Péninsule Malaise.
Le Funan tirait sa richesse du grand commerce, comme en
témoignent
les fouilles de Louis Malleret en divers lieux du delta du
Mékong et
notamment à Oc-èo: là a
été mise en évidence l'existence d'un
réseau de
canaux et d'un port de commerce maritime, où se retrouvent
des objets
venus de Rome et du monde méditerranéen, de
l'lran, de l'lnde et de la
Chine.
L'indianisation du Funan paraît avoir
été assez lente, seuls les
noms de ses derniers rois, tels qu'ils sont transcrits par les Chinois,
renvoyant à des noms de règnes sanskrits (par
exemple : Chö-ye-pa-mo
-dans la transcription de l'E.F.E.O- = Jayavarman), tels qu'on les
rencontre dans les inscriptions lapidaires les plus anciennes qui ont
été retrouvées.
On situe
l'une des capitales successives du Funan (la dernière?)
à
Angkor Borei, non loin de la colline du Phnom Da qui porte des
sanctuaires vishnuïtes en relation évidente avec
cette cité. A partir
du milieu du Vle siècle, le Funan, toujours selon les
sources
chinoises, cède la prééminence
à un ancien vassal, le Zhenla, nom que
les Chinois conserveront pour désigner le Cambodge jusqu'au
Xllle
siècle.
Le berceau du Zhenla paraît avoir été
dans la région de Vat Phu
(Laos méridional) et le long de la Sé-Mun. C'est
alors qu'apparaissent,
au Vlle siècle, les plus anciennes inscriptions sur pierre
rédigées
partiellement en khmer, et non plus seulement en sanskrit. Dans la
première moitié du Vlle siècle
régnait à Sambor Prei Kuk, le grand
souverain Isanavarman, dont l'influence s'étendait sur les
pays voisins
du Cambodge, tant à l'ouest (région de Chantabun)
qu'à l'est (sur le
royaume indianisé du Champa).
Mais, dans toute cette période préangkorienne (et
dans une certaine
mesure, même dans la période angkorienne),
I'allégeance due à un
suzerain devait en nombre de cas n'être que fictive, bien des
principautés ne demandant qu'à rester
où à redevenir indépendantes, et
la diversité des écoles d'art
préangkoriennes au Vlle siècle en est
peut-être le reflet.
Au Vllle siècle, le mouvement paraît s'accentuer,
les
inscriptions lapidaires - de plus en plus nombreuses aussi à
avoir été
conservées - attestent l'existence au Cambodge de plusieurs
lignées
royales parallèles et, d'autre part, il semble bien que des
royaumes
plus méridionaux, indonésiens
(Péninsule Malaise et Sumatra), dont la
puissance grandit alors, aient hérité de l'ancien
empire commercial du
Funan et exercé une certaine domination sur le sud du pays.
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source : culture.gouv.fr
Période
angkorienne
Vers 790
apparaît Jayavarman II, fondateur de la royauté
angkorienne, qui, venu d'une région sous contrôle
de "Javâ", rassembla
différentes principautés et se fit sacrer, en 802
"souverain
universel", sur le Phnom Kulên, qui est une colline
située au nord-est
proche du site de la future Angkor, et un haut lieu qui s'appelait
alors Mahendraparvata, "la montagne du grand Indra", Indra
étant, en
théologie indienne, le roi des dieux, comme Jayavarman ll,
libéré de
l'allégeance due à "Javâ" et devenu
empereur, était roi des rois sur
terre.
Cette cérémonie eut lieu grâce au
concours de brâhmanes çivaïtes,
le roi et son royaume étant désormais sous la
protection d'une forme
éminente de Çiva, résidant sur la
montagne. En art religieux, cela est
traduit par un linga, forme "immatérielle" de
Çiva, abrité dans un
sanctuaire installé au sommet d'une montagne,
éventuellement d'une
pyramide à gradins qui représente cette montagne.
La plupart des souverains angkoriens ultérieurs se
réclameront de
Jayavarman ll, dont le nom posthume, Parameçvara, montre
bien qu'il
avait reçu une consécration
çivaïte personnelle telle qu'après sa
mort
il était considéré comme ayant
réintégré le sein de Çiva,
sous sa forme
"suprême" (Parameçvara, "le Seigneur
Suprême", nom de Çiva).
Si les
fondements religieux de la monarchie angkorienne sont dus à
Jayavarman II, c'est avec son deuxième successeur,
Indravarman
(877-889) qu'apparaissent les grandes fondations typiques de la
centralisation angkorienne. Celle-ci correspond à une
exploitation
intensive du sol en rizières irriguées, qui exige
d'immenses travaux
d'hydraulique agricole: en sa capitale (Hariharalaya, groupe de Roluos
à 15 km au sud-est du site de la future Angkor), Indravarman
fit
édifier les digues d'un vaste réservoir
quadrangulaire (3,8 km d'est en
ouest pour 800 m du nord au sud), dont les eaux alimentaient aussi les
douves des deux sanctuaires dont nous allons parler, car tous ces
travaux n'étaient efficaces que parce qu'ils
étaient aussi et d'abord
des fondations religieuses.
En 879 sont consacrées les six tours de brique
stuquée du monument de
Preah Kô, abritant trois images de Çiva, et trois
images de la Déesse,
pour trois prédécesseurs d'lndravarman (dont
Parameçvara) et leurs
épouses, considérés comme des
protecteurs du royaume. En 881 est
consacré un linga, forme du dieu Çiva
associée par son nom, Indreçvara,
au roi régnant, au sommet d'un "temple-montagne" qui est la
pyramide à
cinq gradins de Bakong. Le règne d'lndravarman aurait
été pacifique et
son autorité reconnue de la Sé-Mun au nord
à la région de Chaudoc au
sud.
Le
fils et successeur d'lndravarman, Yaçovarman (889-910 au
moins),
complétant et amplifiant le programme de constructions
religieuses de
son père, créa la première Angkor,
appelée d'un nom qui rappelle le
sien propre, Yaçodharapura, "la ville séjour de
la gloire": après avoir
établi les quatre tours de brique stuquée du
"temple aux ancêtres" de
Lolei (893), dans une île au centre du bassin de
Hariharalaya,
Yaçovarman se transporta vers le nord-ouest.
Il fit élever les digues d'un bassin rectangulaire quatre
fois plus
important que celui de son père (7 km d'est en ouest,
près de 2 km du
nord au sud) qui est le baray oriental d'Angkor, cependant que le
centre de sa capitale était plus au sud-ouest,
marqué par une colline
naturelle, le phnom Bakheng, au sommet duquel il fit édifier
un
temple-montagne auquel on donne le même nom, pyramide
à cinq gradins et
109 tours-sanctuaires, représentation explicite du Mont
Meru, centre de
l'Univers et séjour d'lndra et des dieux dans la cosmologie
indienne.
Au sommet du Phnom Bakheng était
vénéré le linga
Yaçodhareçvara. Au
témoignage des inscriptions, I'autorité de
Yaçovarman paraît avoir été
reconnue depuis Vat Phu au nord jusqu'à Hatien au sud. Ses
deux fils
vécurent et régnèrent peu de temps;
à l'un est dû le petit
temple-montagne de Baksei Chamkrong, à tour-sanctuaire
unique placée
sur une pyramide à gradins, sis au nord-est proche du Phnom
Bakheng:
c'est une représentation explicite du Kailasa, montagne de
Çiva, et les
images de Çiva et de la Déesse qu'il abritait
étaient érigées au
bénéfice spirituel de Yaçovarman et de
son épouse.
En
928, Jayavarman IV, oncle maternel des
précédents, grand
feudataire provincial, devint roi du Cambodge, mais conserva pour
capitale sa propre cité où, dès 921,
il s'était retiré, y établissant
en très peu d'années un grand nombre de
sanctuaires de taille
colossale, voués à une forme de Çiva
"Maître des Trois Mondes": cette
cité est Koh Ker, à 85 km au nord-est d'Angkor
qui fut délaissée
pendant une vingtaine d'années. C'est au moment de son
sacre, croit-on,
qu'il fit ajouter au grand ensemble du Prasat Thom de Koh Ker le prang
qui est une pyramide à cinq gradins, haute de 35 m,
destinée au linga
royal.
Après
la mort du fils et successeur de Jayavarman IV, Rajendravarman
(944-968), autre neveu de Yaçovarman, ramena la capitale sur
le site
d'Angkor. Dans la partie orientale du site, il fit ériger
deux
temples-montagnes: le Mébon oriental (953 ; dans une
île au centre du
baray oriental), consacré au linga Rajendreçvara
et au bénéfice
spirituel de ses parents, puis le temple de Prè Rup (961; au
sud du
baray oriental), où se trouvait
vénéré un linga dont le nom -
Rajendrabhadreçvara - évoquait à la
fois celui de la divinité de Vat
Phu, Bhadreçvara, haut lieu pour les Khmers dès
la période
préangkorienne, et celui du roi.
Rajendravarman avait lutté contre le Champa, et sa mort ne
fut peut
être pas naturelle. Les dignitaires acquirent de plus en plus
d'importance, et particulièrement les brahmanes, qui
étaient maîtres
spirituels, chapelains et conseillers du roi. Ainsi sous le
règne du
fils et successeur de Rajendravarman, Jayavarman V (968-1001),
monté
très jeune sur le trône, il est évident
que le guru du roi,
Yajnavaraha, possédait un grand pouvoir, puisque le
sanctuaire fondé
par lui, à une vingtaine de kilomètres au nord
d'Angkor, n'est autre
que le célèbre temple de Banteay Srei,
où il est manifeste
qu'oeuvrèrent les meilleurs artistes et artisans du Cambodge.
Le
Xle siècle commence par une guerre civile, deux rois
s'affrontant
pour le pouvoir. Du premier, Jayaviravarman, vaincu par le second,
subsiste à Angkor un temple-montagne inachevé, Ta
Keo. Le second, qui
fonde une nouvelle dynastie, Sûryavarman ler (1002-1050), a
laissé des
temples importants aussi bien dans le nord (Preah Vihear) que dans le
sud (Phnom Chisor), mais pas à Angkor même.
C'est de son règne que date la première expansion
khmère dans le bassin
du Ménam. C'est lui-même ou un successeur
(Udayadityavarman II,
1050-1066) qui fit établir sur le site d'Angkor l'immense
bassin du
baray occidental (8 km d'est en ouest, plus de 2 km du nord au sud) et
c'est à ce successeur qu'est dû le grand
temple-montagne du Baphuon,
"montagne d'or semblable au Meru, au centre de la capitale, pour un
Çiva-linga en or".
Cependant, diverses révoltes agitent le pays. Sous le
règne
suivant, celui de Harsavarman III (1066-1080), le Cambodge lutte contre
le Champa et subit une défaite, puis devient son
allié, à la demande
des Chinois, contre le Dai Viêt (Premier empire vietnamien,
émancipé de
la suzeraineté chinoise) mais sans succès. En
1080, Jayavarman VI
instaure une nouvelle lignée de souverains, à qui
doit être attribué le
très beau temple de Phimai.
La situation est confuse et, en 1113, le grand roi
Sûryavarman II
(1113-1145) est dit avoir arraché le pouvoir à
deux rois... Il conduira
loin les armées khmères, contre le Champa, contre
le Dai Viêt et dans
le bassin du Ménam. Sa religion personnelle était
le vishnouïsme, sa
plus grande oeuvre demeurant l'édification du
célèbre temple-montagne
d'Angkor Vat.
Sous
son règne furent édifiés quelques
autres sanctuaires moins
importants, en particulier Beng Mealea (sur le même plan
qu'Angkor Vat
mais sans pyramide) et, sur le site d'Angkor, Banteay Samrè
et
quelques-uns des temples du groupe de Preah Pithu.
On ne sait pas exactement quand est né le dernier grand
souverain du
Cambodge angkorien, Jayavarman VII (1181-1218). Dans sa jeunesse, il
était allé lutter au Champa, cependant que le roi
d'Angkor était
éliminé par un usurpateur. Le Champa devait en
profiter pour envahir à
son tour le Cambodge, Angkor étant occupée en
1177 par le roi cham qui
fit périr l'usurpateur. Jayavarman VII apparut alors, et au
bout de
quatre ans de lutte il avait chassé les Chams du Cambodge et
s'était
fait sacrer (1181). Il devait à son tour occuper le Champa,
et sous son
règne les limites de l'empire khmer et de son influence
furent plus
étendues que jamais auparavant.
Toute cette oeuvre guerrière et politique ne pouvait
être valable que
grâce à la protection religieuse de l'empire,
assurée par la fondation
de nouveaux sanctuaires. Jayavarman VII fit de sa religion personnelle,
le bouddhisme Mahayana, la religion d'Etat, et sous son
règne, selon
une iconographie très spécifique et dans un style
nouveau très admiré
(le fameux "sourire d'Angkor"), furent construits un très
grand nombre
de monuments, dont la plupart de ceux qui subsistent actuellement sur
le site d'Angkor: la ville murée d'Angkor Thom (12 km de
tour) avec au
centre le Bayon aux célèbres "tours à
visages", les temples de Banteay
Kdei, Ta Prohm (1186), Preah Khan (1191 ) et les dépendances
de ce
dernier, etc., ainsi que d'autres grands temples dans les provinces
(une partie du Preah Khan de Kompong Svay, Banteay Chmar).
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source : culture.gouv.fr
Période
postangkorienne
Le
Xllle siècle marque un tournant dans l'histoire du
Sud-Est asiatique. Alors, tandis que la poussée des Mongols
de Koubilaï
Khan ébranle la Chine et ses voisins méridionaux,
les Thaïs, dans le
bassin du Ménam, se libèrent de la
suzeraineté khmère et menacent
désormais le Cambodge affaibli. Les dynasties angkoriennes
prennent
fin, leur succèdent des souverains d'origine plus humble.
L'hindouisme
et le bouddhisme Mahayana et leurs formes cultuelles aristocratiques
s'effacent devant le développement du bouddhisme
Theravåda, originaire
de Sri Lanka, qui gagne toutes les couches de la population et qui est
patronné aussi par les souverains thaïs.
Cependant les agressions de ces derniers se multiplient et Angkor,
prise plusieurs fois par le roi thaï d'Ayuthaya, doit
être abandonnée
en 1431 pour des capitales plus méridionales et moins
exposées. En
butte par ailleurs aux attaques viêtnamiennes et,
à partir de la fin du
XVIème siècle, aux premières
entreprises occidentales, le Cambodge
apparaîtra désormais culturellement
très influencé par la Thaïlande,
son art religieux bouddhique (monastères en architecture
légère ou
mixte, statues, peintures, manuscrits, etc.) en portant nettement la
marque, bien que subsistent certaines
constantes khmères.